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Du 30.04.2008 au 27.06.2008
l'elac, Renens

"Le Valais a peut-être trouvé sa quatorzième étoile. Une future star de l’art contemporain en la personne de Valentin Carron, un artiste originaire de Martigny vivant à Fully, qui au fil des ans s’affirme comme un plasticien incontournable dans le paysage artistique helvétique, voire international. Pour preuve, l’exposition qu’il vient de présenter au Centre culturel suisse à Paris. Un joli parcours pour cet ancien étudiant de l’ECAL/Ecole cantonale d’art de Lausanne!

Son art, qui convoque une imagerie alpine typiquement made in Wallis faite de succédanés de vin, de Schwiizer Hüsli, de vieux bois, de croix chrétiennes ou de murs en pierres sèches, s’exporte désormais de Londres à New York, en passant par Berlin ou Vienne. Ainsi, fin 2007, le citoyen de la capitale de l’Arvine a réalisé une belle opération en exposant en solitaire à la prestigieuse Kunsthalle zurichoise. Ce coup de maître (déjà!) a été assorti d’un très beau catalogue édité chez jrp/ringier. L’une de ses œuvres fut également proposée au célèbre Palais de Tokyo dans la Ville Lumière et il est représenté par de grandes galeries telles qu’Eva Presenhuber au bord de la Limmat et Praz-Delavallade à Paris. Tout réussi à cet enfant du Haut-Pays. Ce Pays, le Valais, qu’il compare pertinemment, dans un catalogue publié par Pro Helvetia, à une grande banlieue: «C’est une zone qu’on pourrait qualifier de périphérie urbaine. Il n’y a pas d’universités, pas de grosses industries, à l’exception du tourisme. C’est une longue vallée, avec comme unique centre une autoroute depuis laquelle tu t’éjectes dans différents villages, petites villes et stations de sports d’hiver. Chacune de ces agglomérations fait office de quartier…». Une périphérie urbaine qui est la sienne!

Mélange de paradoxes qui font sa richesse, cet iconoclaste octodurien est capable d’associer le rap du groupe NTM à l’artisanat local ou de s’inspirer de l’altermondialisme tout en vivant comme dans une grande ville américaine: «C’est vrai que sans voiture, tu ne survis pas ici. Une fois, j’ai commencé la soirée avec des amis dans un bar de mon village, à Fully, avant d’aller faire la fête à Sion, la plus grande ville de la région. Puis, on est monté prendre le petit-déjeuner à Chamonix, une station de ski française, avant de descendre à Aoste, en Italie pour y passer l’après-midi. On est rentré en Suisse par le col du Grand Saint-Bernard pour aller finir au buffet de la gare de Martigny.» En résumé, Valentin est un bon vivant valaisan qui vit avec son temps. Un Valaisan qui grâce à son talent sillonne le monde par monts et par vaux, mais qui termine toujours au sud-ouest de notre beau pays…

Texte de Pierre Keller, Directeur ECAL de 1995 à 2011 et Professeur EPFL. Paru dans le Nouvelliste du 28.11.2007

Valentin Carron, elac, Renens, Exposition, Arts Visuels 3327